(Témoignage publié dans LPC Info N° 136 de octobre 2001)

Nous sommes parents de Lou, une petite fille sourde de trois ans et d’un petit garçon de 1 an (sourd également, mais ce n’est pas le propos de notre témoignage). Nous connaissons le LPC depuis 2 ans environ et nous aimerions encourager d’autres parents qui éprouvent aussi des difficultés à coder « couramment ».

Généralement à l’issue d’une formation de LPC les parents de jeunes enfants sourds trouvent une nouvelle perspective à leur avenir. Les échanges avec les autres parents et les formateurs, autant que l’apprentissage, donnent beaucoup de courage, de convictions et d’espoir à des familles assez désorientées depuis l’annonce de la surdité de leur enfant.

Mais par la suite, dans la vie quotidienne, lorsque l’on commence à coder, la communication avec son enfant, n’est pas toujours évidente et parfois, l’utilisation du LPC peut paraître « contre-nature ». Dans les premiers mois, nous nous sentions un peu ridicules de chercher nos mots, d’y accrocher ces clés qui loin de nous ouvrir des portes semblaient compliquer les échanges. Non seulement les conversations rêvées (avant le diagnostic) avec notre petite fille étaient impossibles, mais en plus nous avions l’impression de nous « robotiser »! Nous pensions être incapables d’offrir ce fameux « bain de langage » à notre enfant, étant donné le faible niveau de notre code.

Une période difficile

C’était une période difficile où notre fille ne semblait pas s’intéresser à ce que nous voulions lui dire (« Ah, elle ne nous regarde même pas!« , accompagné de ce sentiment déroutant que tous les parents connaissent…). De nouveau, nous étions attirés par la langue des signes ou plutôt le français signé (qui nous paraissait un bon compromis à condition d’y ajouter les articles, les pronoms du français… en LPC !). Ceci aiguisa la curiosité de notre enfant et recentra son attention sur notre visage. Notre fille acquit du vocabulaire en signes dans un premier temps, et y trouva un intérêt pour la communication ; encouragés par « ses réponses », nous nous efforcions de toujours trouver un moyen de lui faire comprendre un mot, une situation, au moyen de photos, du signe ou d’un geste, du cahier de vie ou du LPC quand le code était simple… L’important pour nous était d’avoir des échanges avec notre enfant et en cela le LPC seul ne pouvait pas nous aider, car il nous paraissait être à « sens unique ». Notre fille ne comprenait pas mieux ce que l’on pouvait lui dire et le code seul ne lui donnait pas les moyens d’y répondre. Nous ne comprenions pas réellement toute l’importance de LPC…

Si nous avions une critique à faire aux personnes qui nous ont fait découvrir le LPC ou qui nous l’on appris (comme notre sympathique formatrice que nous remercions d’avoir donné de son temps et de son expérience), ce serait de mieux prévenir les nouveaux LPCistes de la difficulté d’intégrer ce code dans la vie quotidienne, de manière spontanée. D’accord la méthode du LPC est simple à apprendre, mais le chemin est long pour que le LPC accompagne naturellement la parole et que le code aide l’enfant à mieux comprendre le français. Or, nous n’avions pas de connaissance en pédagogie, ni en acquisition du langage, nous avons récemment pris conscience que le LPC ne « porte ses fruits » qu’un ou deux ans plus tard. Nous pensons qu’il est donc bon d’insister sur ce fait auprès des personnes qui adhèrent au LPC, parce qu’il y sans doute beaucoup de parents qui connaissent un « contre-coup » dans l’année qui suit la formation, certains peut-être ont-ils abandonné…

Le LPC, la seule  » passerelle  » vers un français correct

Pour notre part, nous n’avons pas renoncé et même si certains jours, notre fille n’aura bénéficié d’aucune phrase codée, le LPC a toujours été dans un coin de notre tête. Nous souhaitons dire aux familles qui éprouvent les mêmes doutes de ne pas se décourager, de ne pas avoir de complexe quant à leurs erreurs de code ou leur lenteur (d’ailleurs il est préférable de coder lentement, surtout avec les jeunes enfants). Il faut beaucoup de volonté et de constance ! Durant l’année post-diagnostic, les parents sont souvent enclins à de grands découragements et selon les rencontres, les lectures, les émissions, les points de vue divergent, ébranlant à chaque fois leurs convictions. Pourtant, malgré une attirance pour les signes (signes que nous utilisons sans scrupules quand l’occasion se présente), notre choix a été sans hésitation la langue française (notre langue maternelle, celle de nos amis, de nos voisins, de l’école où nous souhaitons voir entrer notre fille…) et une évidence s’est imposée à nous : le LPC est la seule « passerelle » vers un français correct.

Mais il nous a fallu longtemps pour comprendre que, même avec des fautes, même lentement, le LPC aidait notre fille « à décortiquer » la langue française, cette chose « informe » à ses oreilles (et à ses yeux puisque la lecture labiale ne laisse passer que 30% du message). Et doucement, timidement, le LPC est entré dans notre famille. Cela prend sans doute un temps très différent selon les aptitudes, la disponibilité de chacun, les aléas de la vie… Aujourd’hui, le code aide notre enfant à comprendre beaucoup de phrases, même si elle ne les restitue pas et cette bonne compréhension (sur un vocabulaire de moins en moins limité) est notre meilleure motivation.

Des rencontres enrichissantes

Une rencontre avec des adolescents sourds peut aussi aider à persévérer dans le LPC, parce que leur vécu et l’exemple qu’ils donnent, sont pour nous des preuves concrètes de l’efficacité du code.

Nous avons assisté lors du dernier stage d’été à un témoignage d’adolescents sourds bénéficiant du LPC dans leur famille depuis leur plus jeune âge. Même si tous n’avaient pas encore acquis une bonne diction, tous avaient une excellente compréhension de la langue. C’était un grand réconfort pour nous, car ils témoignaient avec beaucoup d’humour et de maturité.

À d’autres occasions, nous avons aussi rencontré de jeunes personnes sourdes ne bénéficiant pas de LPC mais plutôt de la langue des signes. Quelle différence! Non pas dans la diction mais dans la compréhension du français (logique puisque ce n’était pas leur première langue). Ils faisaient des efforts pour lire sur nos lèvres et si nous avons pu échanger quelques phrases, tout le mérite leur en revenait. Cependant une conversation poussée n’était pas possible.

Même si certains disent, que pour pratiquer le LPC (cette merveilleuse invention!) il suffit de la langue maternelle, d’une main libre et d’un peu de synchronisation, personnellement, il nous faut aussi une bonne dose d’acharnement. Mais, nous parents, sommes les premières personnes dont l’enfant a besoin pour assimiler les mécanismes et les subtilités du français; d’autre part, sans LPC, l’acquisition du langage est moins sûre et terriblement difficile pour l’enfant.

Alors, à ceux que les doutes assaillent, nous disons courage! Ne baissez pas les bras, même si le LPC n’est pas facile à maîtriser, soyez tenaces.