Au stage d’été 2014 de l’ALPC, Loan et Marc témoignent des bienfaits de la Langue française parlée complétée (LPC) dans la communication avec leur fille Marie, 16 ans, et dans le parcours d’intégration de la lycéenne.

TREIZE ANNÉES AUPARAVANT, MARC ET LOAN TÉMOIGNAIENT DEJA DEVANT L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE L’ALPC LE 6 OCTOBRE 2001…

Nous sommes les parents d’une petite fille de 3 ans qui s’appelle Marie, et qui est sourde sévère, avec des restes auditifs sur toutes les fréquences. Marie a cessé de babiller alors qu’elle était âgée de 8 mois, elle continuait de s’exprimer mais seulement avec des « AAH ! AaAaH! » sur tous les tons, parfois très fort, sans pourtant être en colère … et le dépistage a confirmé nos soupçons quant à sa surdité. Elle a d’abord eu un appareillage semi-numérique, puis un appareillage numérique, qui lui donne un bon gain prothétique.

Après le dépistage, parmi nos toutes premières questions, nous nous sommes demandés:

  • Comment allons nous communiquer avec notre enfant?
  • Quel mode d’accompagnement est le plus adapté pour elle? (Centre spécialisé, orthophoniste en libéral…)

Des rencontres avec d’autres parents

Heureusement, nous avons eu la chance de rencontrer tout de suite des professionnels qui nous ont parlé de LPC, nous nous sommes alors documentés, nous avons beaucoup lu et nous avons fait le tour des associations. Nous avons, en particulier, contacté l’ALPC, où nous avons pu rencontrer des parents qui nous ont parlé de leur expérience. Toutes ces informations ont confirmé notre intérêt pour le LPC.

Cependant, nous n’étions pas certains que Marie « accrocherait » avec le LPC et l’oral seulement, nous craignions qu’elle ne nous comprenne pas ou qu’elle ne puisse pas s’exprimer. Nous avons donc décidé d’utiliser parallèlement d’autres techniques de communication comme la mimo-gestuelle et la langue des signes.

Un stage à l’ALPC

Nous (parents, grands-parents et amis) avons fait un stage à l’ALPC, qui nous a apporté une bonne approche de la communication avec le LPC et des informations générales sur la surdité. Pour la langue des signes, nous nous sommes inscrits à des cours à l’ARIS, à raison de deux heures par semaine, ce qui était aussi un vrai moment de plaisir et de bonne humeur.

Quant à Marie, nous avons décidé de l’inscrire au CEOP pour lui offrir toutes les possibilités de communication (LPC et LSF); notre projet était cependant en priorité oraliste.

Le LPC, un impact formidable

Aujourd’hui, nous voulons vous apporter notre témoignage sur l’utilisation du LPC au quotidien avec un petit enfant. Pour les parents de grands enfants qui ont déjà vécu tout cela, et dont l’exemple nous a encouragé dans cette voie, ce témoignage ne sera pas très utile, mais notre idée est de vous remercier en vous montrant à quel point le LPC a eu un impact formidable sur notre vie avec notre petite fille sourde. Pour les autres parents qui sont au début du chemin, nous espérons que notre expérience pourra vous apporter quelques idées et vous confortera dans votre choix du LPC.

Lorsque nous avons commencé à utiliser le LPC avec Marie, le plus difficile était de capter son attention et de coder de manière fluide et correcte. Nous essayions de coder le plus souvent possible, mais le plus efficace, c’était quand Marie était « captive », dans sa chaise haute, dans son lit ou encore dans la voiture. Nous lui codions d’abord des petites phrases simples que l’on répétait souvent (A table! C’est bon! C’est chaud! Fais dodo…) ainsi que des onomatopées.

Puis, au fur et à mesure que nous commencions à savoir coder, nous rajoutions quelques mots. Nous faisions aussi des petits jeux rituels comme: « Où est ton nez? », « Où est le nez de maman? » et le regard de notre petite fille était bien sur notre visage. Nous faisions également des chansons à gestes, comme « Un grand cerf« , trois à quatre fois de suite, en alternant version geste, version code…et puis nous employions des mots rituels au réveil et au coucher. Nous nous disions que ça devait « imprimer ».

Le message passe !

Au fil du temps, notre code s’améliorait mais nous n’étions pas sûrs de ce qu’elle comprenait. Puis le premier signe de compréhension est apparu. Un jour nous faisions des courses et son père s’était éloigné; je lui ai demandé : »Où est Papa?« , elle s’est alors tournée vers lui et l’a montré du doigt sans hésiter. Nous avons alors recommencé avec les autres membres de la famille et cela « marchait » aussi ! Nous avions enfin la preuve qu’elle nous comprenait, que le message commençait à passer. Lorsqu’elle s’est mise à marcher, elle a pu nous montrer encore mieux qu’elle nous comprenait. Nous lui demandions d’aller chercher sa couche ou son doudou et elle y allait, à notre grand bonheur. Nous avons continué ainsi à coder et à associer des gestes notamment pour les mots nouveaux.

Au bout d’un an, nous avons participé au stage d’été organisé chaque année par l’ALPC et nous avons passé un moment formidable. Nous avons pu rencontrer de nombreux parents et d’autres enfants sourds. Nous avons pu voir que lorsqu’on leur parlait en codant, les plus grands nous répondaient. C’était un moment super. Nous étions ensuite en vacances au bord de la mer, et sur la plage, Marie n’avait pas bien sûr ses appareils; le code devenait donc indispensable. Nous avons ainsi expérimenté avec Marie l’efficacité du code « pur » sans même l’aide de l’audition. Et à notre grande joie, nous constations que notre petite fille nous comprenait. Nous lui codions : »Marie, tu viens faire des patés? » et elle nous regardait en reprenant : »Patééé!!??« .

Tous les jours, du code

A notre retour de vacances, Marie a fréquenté le CEOP de manière plus intensive (quatre fois par semaine). Nous codions de plus en plus et de manière plus fluide mais nous n’étions pas capables pour autant de coder tout, tout le temps. Parfois, nous n’utilisions pas le code pour conserver l’intonation et Marie nous comprenait car elle a de bons restes auditifs. Nous codions pour toutes les occasions de la vie courante, pour les jeux, les histoires. Pour contourner la difficulté pratique de l’histoire codée, avec le livre à lire à l’envers, je lui racontais chaque soir « l’histoire de la petite Marie » qui reprenait ses aventures de la journée ou son programme du lendemain. C’était pour elle un moment privilégié de communication codée, qu’elle recevait indifféremment avec ou sans ses appareils. Nous lui chantions – à sa demande- de plus en plus de chansons comme « Petit papa Noël » (tous les soirs de décembre à juillet !)…Un jour, Marie me dit: « Tu me chantes la chanson du petit Blaireau« . Intriguée, je finis par réaliser qu’elle avait mélangé l’histoire du petit blaireau et la chanson « Mon ami Pierrot » que je venais de lui faire découvrir ! Le code m’a alors permis de clarifier les choses…

Une progression régulière

Malgré ces petites confusions, Marie progressait grâce au LPC qui l’aidait à améliorer son expression. Elle est passée de « Maman veut? » à « Maman Tu veux? » puis « Tu en veux? ». Je lui codais « Marie, tu, tu ,tu veux? » et elle rigolait tout en intégrant progressivement la structure correcte. Elle est de même passée de « Maman, tu fais? » à « Maman, qu’est-ce que tu fais? »

Son vocabulaire s’est enrichi de plus en plus, elle a appris à dire des mots nouveaux comme « trottinette« , ou des mots compliqués comme « automobiliste » ou « explorateur » qui sont passés par divers stades intermédiaires. Ses essais de nouveautés parfois malencontreux (j’ai vu la « pyradine » du Louvre, je suis montée dans « l’aquarium » derrière le poney) pouvaient sans peine être corrigés, sans que cela ne soit une corvée car nous pouvions lui présenter la prononciation de manière claire et ludique grâce au code.

Nous avons aussi poursuivi l’utilisation du LPC sans la voix. Nous le faisions à certains moments comme celui du bain, avec les mêmes rituels qu’au début: « Où est ton canard, où est ton pied?« …et cela marchait très bien. Nous pouvions tout lui faire comprendre, parfois elle reprenait même des mots inconnus presque correctement.

Avec le code, une communication limpide

Puis Marie a fait plusieurs otites qui l’ont empêché de porter ses appareils et l’intérêt du code s’est révélé encore plus clairement, notamment pour ses grands parents, qui réussissaient habituellement à se faire comprendre sans coder. Sans le code la communication passait mal, avec le code, c’était limpide, et pour nous qui codions sans difficultés, l’absence des appareils devenait tout à fait invisible!

Nous avons encore pu confirmer l’apport du code par rapport à la lecture labiale pure en jouant avec Marie dans son bain. Si nous utilisions les même phrases connues, dans le contexte attendu sans coder « Où est ton bateau, ton dauphin?… » Marie très attentive répondait fièrement sans se tromper, mais si tout à coup nous changions de sujet : « Marie, tu rinces tes cheveux? » Alors notre petite fille ouvrait de grands yeux en disant « Quoi; Maman?! » puis nous codions et la compréhensions devenait immédiate.

De même, par rapport à la lecture labiale plus audition, ou à l’audition pure, quand nous parlons trop vite sans coder, ou que quelqu’un a dit quelque chose qu’elle n’a pas compris, Marie nous dit « Quoi, Papa? Quoi Maman? » et nous codons et elle répond : »Ah, oui…« , satisfaite.

En conclusion, je dirais que nous sommes complètement convaincus de l’utilité et de l’efficacité du LPC même pour des enfants qui ont de bons restes auditifs, et même si nous entendons souvent dire au sujet de notre petite fille qu’on n’aurait jamais deviné qu’elle était sourde.

Nous ne lui ferons donc pas ce faux cadeau de la considérer comme une petite fille entendante et de ne plus coder… Au contraire, nous continuons … et remercions encore tous ceux qui nous ont aidé à découvrir le LPC.