Je suis maman de 2 enfants, Léa 7 ans, entendante, et Florian, 9 ans, sourd profond de naissance. Sa surdité a été détectée à l’âge de 9 mois et il a été appareillé pendant 2 ans. Le port des prothèses n’apportant aucun gain auditif, l’équipe du CHU de Nantes nous a parlé de l’implant cochléaire. La rencontre avec d’autres parents d’enfants implantés ainsi que toute l’équipe d’implantation nous ont conduit à suivre notre première formation au LPC quelques mois avant l’opération.

Des débuts difficiles

Les débuts avec le LPC sont difficiles, Florian est petit (3 ans), il n’est pas réceptif au message codé (celui ci étant long et hésitant). Après plusieurs mois de code nous n’étions toujours pas convaincus de l’apport du LPC pour Florian, nous avions besoin de certitude. Un jour alors que l’on se préparait à sortir on a fait un test, au lieu de lui coder « va mettre ton manteau« , on lui a dit « va mettre ton pyjama« , il nous a regardé d’un air interloqué, c’était la preuve qu’il avait compris.

Plus tard le fait de coder à la maison a permis à Florian d’avoir l’information en même temps que sa sœur. En effet quand le message n’était pas passé, il nous faisait répéter, et sa sœur qui avait compris avait tendance à « faire » pour son frère ou répondre avant lui. Florian était frustré. Aujourd’hui le LPC lui permet d’être sur un pied d’égalité (une explication du handicap a été nécessaire pour sa sœur).

Une bouée de sauvetage lors d’une panne de l’implant

Le LPC a permis d’enrichir son vocabulaire (on peut coder tous les mots) et faire une compréhension optimale de la lecture labiale, ce qui permet les échanges lorsqu’il n’a pas son implant (activité nautique, salle de bains, dans son lit, au réveil ….).

Nous avons vécu l’expérience douloureuse de la casse de l’implant (choc à la tête dans la cour de l’école). Florian avait 6 ans, le temps de la réimplantation et de la réactivation de l’implant (environ 3 mois) n’a pas altéré sa progression dans la communication et dans le langage. Le LPC a joué un rôle essentiel durant cette période.

Une scolarité en intégration

Ayant fait le choix de l’oralisme, notre souhait premier était l’intégration dans l’école la plus proche. La réticence des enseignants et leur peu de motivation nous a fait choisir une CLIS à environ 30 km de notre domicile. Notre souhait d’intégration, renforcé par la conviction du bien fondé du couple LPC+intégration, n’a été pris en compte qu’à partir de la grande section. Cette intégration qui va en s’accentuant (GS ½ journée par semaine – CP /CE1 4 demi-journées par semaine – CE2 3 jours par semaine – prévision CM1 à 90% intégré) a été permise grâce à l’intervention d’une codeuse en classe. La présence de cette codeuse a été rendue possible grâce à notre association départementale ADAPEDA 44 en collaboration avec l’URAPEDA Pays de la Loire.

Démontrer l’importance du LPC dans l’apprentissage et l’acquisition du langage auprès des professionnels et des enseignants est un combat de tous les jours, chaque rentrée scolaire nécessite des explications.

Florian dans le monde des entendants

L’implant a permis à Florian d’entrer dans le monde des entendants, mais la perception des messages oraux reste difficile car ceux-ci sont souvent perçus de façon incomplète et déformée. L’utilisation du LPC permet de visualiser toute la phrase (petits mots..), évite les nombreuses confusions dues aux sosies labiaux, par conséquent il favorise l’apprentissage de la langue française (syntaxe…) et évite de nombreuses incompréhensions.

Pour nous les parents, le LPC demande des efforts de concentration et nous oblige à réduire le débit de parole, ce qui rend nos messages beaucoup plus accessibles à Florian.

Le fait de coder en toute situation, permet aux personnes qui nous entourent de « comprendre et voir  » le handicap. En effet grâce à l’implant, Florian a une voix mélodieuse et compréhensive qui fait oublier rapidement le fait qu’il est sourd (l’effort de bien articuler et de parler en face est vite oublié par les « non-initiés »).

A la question, faut il continuer le LPC avec les enfants implantés ? Je répondrais OUI OUI et OUI.