Pour s’exprimer – par oral ou par écrit – il faut d’abord avoir perçu les mots, en avoir compris le sens, les réemployer ensuite à bon escient.

Le jeune entendant qui peut percevoir sans défaillance les mots prononcés autour de lui, va progressivement à la découverte de la langue qu’on lui parle. Il la comprend lorsque les mots qu’il perçoit sont associés aux épisodes de la vie courante, aux jeux, etc… : « Coucou ! On va se promener ! On va d’abord ranger les jouets dans la caisse à jouets. Tu veux ton ballon ? Tiens ! « 

Il découvre ainsi progressivement le sens des mots si souvent répétés dans la vie de tous les jours. Il peut identifier les moindres éléments de la vie de la langue. Personne n’enseigne la langue maternelle à un enfant entendant ! Il découvre tout seul comment s’ordonnent les mots, comment on marque le genre des noms (masculin, féminin), le singulier ou le pluriel (le / les) etc…

Quand il se met à parler, l’enfant entendant n’invente rien : il réemploie ce qu’il a d’abord perçu puis compris.

Parler n’est que la troisième étape qui suit le couple « Perception-Compréhension »: compréhension de la langue assurée par la perception.
La maîtrise d’une langue, en compréhension et en expression, n’est que la  » pointe émergée de l’iceberg « , la conséquence d’une série d’activités incontournables, dépendantes les unes des autres :

  • identifier les éléments de la langue (les sons, les mots)
  • comprendre leur sens
  • découvrir les règles d’organisations de ces éléments (dire « un ami » n’a pas le sens de « une amie« , « Paul pousse le chien » est différent de « le chien pousse Paul« …)
  • comprendre tout énoncé et savoir le produire (par oral ou par écrit).

La réalisation des dernières étapes (comprendre le sens des mots, comprendre comment ces mots sont reliés les uns aux autres, puis produire des énoncés) met en jeu des compétences intellectuelles variées que l’enfant ne peut effectuer que s’il a bien perçu les éléments de la langue. Tout l’édifice linguistique repose sur cette identification première. Si ce plancher de la construction de la langue reste défaillant, si l’enfant sourd ne peut pas bien percevoir chaque élément, on comprend que l’élaboration de la langue puisse poser de graves problèmes pour lui.

En résumé, trois étapes sont nécessaires pour acquérir le langage :

1) la perception

Lorsque l’on parle autour de lui, l’enfant entendant perçoit une langue :

de qualité, avec une perception juste de tous les mots prononcés.

en quantité, à travers les mots qui lui sont directement adressés, à travers ce qu’il entend dire en famille, à travers ce qu’il entend en dehors de sa famille : commerçants, école… Avec un vocabulaire riche.

et variée: avec des structures de phrases variées pour exprimer les actions routinières.

Ainsi, l’enfant entendant acquiert naturellement et spontanément du français par imprégnation et usage.

2) la compréhension

Une bonne perception de la langue orale permet une bonne compréhension.

La compréhension est facilitée puisque les mots perçus sont associés à des épisodes de la vie courante.

3) le réemploi

L’enfant entendant se met à parler au bout de 18 à 24 mois d’exposition à la langue. Il réemploie ce qu’il a perçu et compris : des modèles linguistiques justes, riches et précis.

Il peut rectifier seul ses erreurs. Même si l’articulation du petit entendant est difficile, il a identifié et mémorisé la forme correcte des mots.